Raconter la guerre aux enfants : la force de la fiction

24 juin 2019 · 0 commentaire

Voilà 80 ans, la France plongeait dans l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Pour raconter aux enfants cette période tragique, le détour par la fiction permet tout à la fois justesse et finesse. Rencontre avec Delphine Maury, auteure et scénariste de la série animée « Les grandes grandes vacances », diffusée chaque vendredi de l’été sur Bayam.

En concevant Les grandes grandes vacances, aviez-vous pour objectif d’éveiller et de nourrir le devoir de mémoire ?

Absolument pas ! Je cherchais autre chose, je cherchais des relations humaines. Pour construire les personnages et le scénario, j’ai interviewé une multitude de gens qui étaient enfants durant la guerre. Comme je le faisais, gamine, avec ma propre grand-mère, dans sa cuisine. Tous étaient ravis de me raconter leurs souvenirs, et je me suis rendu compte qu’aujourd’hui, les enfants ne questionnent plus tant que ça leurs grands-parents. Quand j’interviens dans les classes, c’est un de messages que je cherche à faire passer aux élèves : allez parler avec vos grands-parents ! Ils ont des choses incroyables à vous raconter !

 

Quelle vision les enfants d’aujourd’hui ont-ils de la guerre ?

Depuis 75 ans, les générations qui se sont succédées n’ont connu que la paix. C’est une chance ! Mais les enfants que je rencontre aujourd’hui n’ont même pas idée de la cruauté d’une guerre. Ils sont vierges de la violence qui s’y joue, et ne peuvent même pas la concevoir, y compris après avoir vu « Les grandes grandes vacances » : ça les dépasse ! On cherche tellement à les préserver de tout, à leur cacher tout… aujourd’hui, à la télévision, les fictions sont complètement édulcorées, au motif que les parents veulent pouvoir les abandonner devant l’écran sans qu’il ne se passe quoi que ce soit. Or, la vie, c’est précisément l’émergence de l’inattendu !

 

Que vous a permis la fiction ?

La fiction fait grandir, car elle confronte l’enfant à des émotions qu’il vit de façon plus diluée dans la réalité. Les personnages principaux des Grandes grandes vacances, Ernest et Colette, sont une synthèse de tous les enfants devenus adultes dont j’ai recueilli les récits. Le scénario est cousu de leurs anecdotes, leurs émotions, leurs histoires. Cette façon de procéder m’a ouvert les portes de France Télévision : le scénario n’était pas censurable, car il était basé sur des histoires vraies. J’ai d’ailleurs tenu à ce qu’on entende les voix réelles des témoins dans de courts documentaires à la fin des épisodes. Le film a été diffusé en même temps en France et en Allemagne, sur des chaînes publiques. Des familles franco-allemandes nous ont remerciés, car l’intrigue, qui n’est pas faite que de haine, leur a permis d’évoquer cette période avec leurs enfants.

Anne Bideault

Rendez-vous dans l’application Bayam à partir du 28 juin pour découvrir Les grandes grandes vacances (1 nouvel épisode chaque vendredi pendant tout l’été)

 


Le synopsis

Septembre 1939. Ernest et Colette, deux petits Parisiens, arrivent chez leur grands-parents à Grangeville, un village de Normandie. La Seconde Guerre mondiale est déclarée juste après leur arrivée. Leur père est mobilisé et leur mère, souffrant de tuberculose, doit partir au sanatorium. Les deux enfants vont rester à la campagne pour faire leur rentrée scolaire et peu à peu, les évènements s’enchaînent. Leur séjour, qui devait durer quelques semaines, va en fait s’étendre jusqu’à 1944. Ernest et Colette découvrent la vie à la campagne en temps de guerre, l’Occupation, la Résistance, les privations, mais aussi la vie avec les copains…

Réalisée par la maison de production Les Armateurs et destinée aux enfants de 7 à 10 ans, la série est composée de 10 épisodes de 26 minutes. Chaque épisode est suivi d’un documentaire d’une minute illustrant, en relation avec le thème évoqué, les souvenirs d’une personne qui était enfant à cette époque et dont le témoignage a nourri l’écriture de la série.

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