Mythologies antiques : pourquoi les enfants sont-ils passionnés ?

22 novembre 2019 · 0 commentaire

La guerre de Troie, l’Odyssée, les frasques des dieux grecs ou romains, tous ces récits anciens ont en commun de pouvoir passionner les enfants. Pourquoi cet intérêt ? Qu’y trouvent-ils ?

Yelen a 6 ans. Sur le chemin de l’école, elle questionne son papa : « Mais Icare, en fait, il a réussi à voler ? Est-ce que c’est vrai qu’on peut voler avec des plumes ? » Martin, 9 ans, fait revivre à ses figurines des épisodes de la guerre de Troie, sans craindre d’y mêler des bribes de Star Wars ou de Harry Potter. Homère, à qui l’on doit l’Iliade et l’Odyssée, aurait vécu au 8e siècle avant Jésus-Christ. On peut être surpris que des récits aussi anciens conservent leur attrait pour des jeunes lecteurs du 21e siècle.

Un travail d’adaptation

Pour rendre ces textes antiques accessibles, le travail des éditeurs jeunesse est important. Adaptés dans la langue actuelle, ils sont édités sous forme de romans, de feuilletons, de bande dessinées ou de documentaires à destination d’enfants de tous âges. L’offre est foisonnante et évolue selon les époques. Mais ce travail ne suffirait pas à rendre ces récits attractifs si l’on n’y trouvait du surnaturel, de la magie, des métamorphoses, des animaux fantastiques, de l’héroïsme, de l’aventure, de la transgression, du tabou, de l’horreur parfois… Des ingrédients qui fascinent les jeunes enfants et effraient parfois les adultes.

Des récits pour enfants ?

« Je savais qu’il y aurait à convaincre les adultes, qui ont parfois peur de mettre les enfants au contact de ces histoires puissantes : trop cruelles, trop tristes… constate Murielle Szac, auteure des quatre volumes des Feuilletons de la mythologie. On croit protéger les enfants en les mettant à l’abri de cela. Or les questions comme la mort, la violence, la sexualité travaillent les enfants depuis tout petits, mais ils n’ont pas les mots pour l’exprimer ! » Elle a fait le pari que ces récits pouvaient parler aux enfants dès la maternelle : « Tout l’enjeu est de trouver la manière de leur en parler en étant respectueux de ce qu’ils sont, de ce qu’ils viennent chercher, de leurs émotions. En refusant d’édulcorer et de tout passer sous la coupe du “gnan-gnan”. » Le succès est au rendez-vous, dans les familles et dans les écoles, où de nombreux enseignants ont recours à ses livres en classe. Murielle Szac prend la précaution d’inciter toujours « à faire la lecture à voix haute : ces histoires charrient des choses tellement puissantes que c’est bien d’avoir un espace de partage pour pouvoir discuter ensuite. »

Nourrir la vie intérieure

Car, finalement, ces récits posent les questions éternelles qui font la vie humaine. C’est ce qui leur donne une actualité atemporelle : Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi l’amour ? Pourquoi la mort, la violence, la guerre ? Pourquoi ma famille est comme elle est ? Pourquoi sommes-nous tous différents ? Qu’est-ce qui nous rassemble? Jeunes et moins jeunes vont trouver dans ces récits de quoi alimenter ce qui se joue sur leur « scène intérieure, explique le psychanalyste Joël Clerget. Ça rejoint des fantasmes et des pulsions que nous portons tous en nous, que les poètes mettent en scène de façon poétique. » Comme en écho, une écolière de CM2 reconnaît : « Ça nous parle de ce qui se passe dans nos vies. » Le psychopédagogue Serge Boimare part de ce même constat et utilise les mythes pour tenter de réconcilier avec l’école des enfants et des adolescents qui en sont grandement éloignés.

A bien y regarder d’ailleurs, la vie de ces héros et de ces dieux n’a souvent rien d’exemplaire ! Le seul personnage de Zeus, pourtant « dieu des dieux », multiplie les actes répréhensibles : inceste, viol, tromperie, couardise… Quant aux héros, que ce soient Achille, Ulysse, Hector… ils ont tous une faille ou commettent des erreurs, ne tiennent pas toujours leur parole. Mais c’est précisément ce qui les rend humains.

« Le cerveau humain n’a pas 36 façons de se poser des questions existentielles, ce sont toujours les mêmes schémas qui reviennent, quelle que soit la civilisation où le mythe est raconté », résume Martine Laffon, une auteure jeunesse qui a beaucoup travaillé sur ce matériau.

Le fil d’Ariane

Pour lever les dernières réticences, rappelons simplement que ces mythes fondent notre culture et qu’on les croise sans cesse : au musée, au théâtre, dans la musique, mais aussi dans une multitude d’expressions courantes : le talon d’Achille, le chant des sirènes, l’épée de Damoclès… Sans oublier que cela figure au programme scolaire de la classe de 6e. Alors n’hésitons plus ! Ouvrons la boîte de Pandore et plongeons-nous avec nos enfants dans les mythes antiques.

Anne Bideault


Retrouvez dans Bayam des contenus sur la mythologie :
–  Dès 5 ans : Mes p’tits mythes à explorer (rubrique « Découvertes »), une série de huit documentaires interactifs sur les plus célèbres mythes grecs (Jason, Le Minotaure, Orphée, Ulysse, Midas, Héraclès, Pandore, Achille).
– Dès 7 ans : rendez-vous dans la rubrique « Ecouter » pour suivre Le feuilleton d’Artémis. Le mythe de la célèbre déesse de la chasse et de la maternité conté en cent épisodes par Murielle Szac, auteure passionnée de mythologie grecque. A partir du 27/11, ne manquez pas la diffusion de 10 nouveaux épisodes toutes les deux semaines sur votre appli Bayam.

 

 

Commentaires

Aucun commentaire