Les Concerts de Poche arrivent sur Bayam (rubrique Découvrir) en une websérie de quatre épisodes, où l’on suit un chef de chœur professionnel qui intervient dans une classe à Moigny-sur-École ! Le défi ? Se produire en concert en à peine trois mois. Pour en savoir plus, nous avons rencontré Margaux Bouniol, chargée d’action culturelle.

Comment sont nés Les Concerts de Poche ?

L’histoire de l’association Les Concerts de Poche commence en 2005, grâce à la pianiste Gisèle Magnan. Lors de ses concerts, elle remarque qu’elle se produit toujours devant le même public et regrette ce manque de diversité. Le prix de la place et une certaine peur, liée à une vision élitiste de la musique classique, empêchent beaucoup de personnes de se rendre à ce type d’évènements. Pour permettre à tous de vivre les plus belles expériences de musique, la pianiste décide d’aller directement à la rencontre de tous les publics, dans les campagnes et les quartiers, en y emmenant de grands artistes.

Dès le début, sa proposition est double : organiser pour tous les habitants des ateliers pour créer de la musique, indissociables des concerts participatifs. Ses premières expériences d’ateliers et de concerts ont lieu à Féricy, en Seine-et-Marne. Depuis, l’association est présente dans toute la France comme en Île-de-France, en Centre-Val-de-Loire, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie, en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou encore dans les Hauts-de-France et le Grand Est.

Découvrir sur Bayam

Des artistes renommés animent des ateliers et des concerts dans des lieux où ils n’avaient pas l’habitude de se produire. Ces lieux sont des salles de proximité qui étaient déjà fréquentées par les habitants des communes. Les petites jauges permettent de créer de vraies rencontres entre les musiciens et les participants, mais pas seulement. Elle permettent aussi de réinventer les liens entre les habitants, entre les locaux eux-mêmes. Pour favoriser ces échanges, les concerts se terminent toujours par le verre de l’amitié.

À qui sont destinés les ateliers ?

Les ateliers sont ouverts à tous à partir de 6 ans. Ils sont très importants car sans eux, il ne peut y avoir de concerts. Les ateliers peuvent se produire dans des écoles, des lycées, dans des structures sociales ou médicales comme des centres pour personnes âgées ou en situation de handicap. Il sont l’occasion d’organiser des rencontres intergénérationnelles et intercommunales, de créer un lien entre enfants et personnes âgées et entre habitants de communes voisines. L’idée est de retrouver une forme d’activité centrée sur l’humain et de provoquer des échanges. Ces ateliers mettent chaque participant dans une position de créateur et font découvrir le plaisir d’une pratique collective. Il en existe plusieurs types, de durées différentes et adaptées à chaque public. Les Concerts de Poche proposent plusieurs activités comme le chant choral, les percussions corporelles, l’écriture et la mise en musique, ou encore la lutherie sauvage.

Qui sont les artistes qui interviennent ?

Ce sont des musiciens professionnels, mais pas seulement. En plus des pianistes, clarinettistes, trompettistes et des compositeurs, des comédiens et des metteurs en scène ont aussi participé à des ateliers. Les Concerts de Poche comptent également des artistes permanents, comme le chef de chœur Benjamin Vinit (ci-dessous) et le pianiste Antoine Simon, tous deux filmés dans la websérie.

chef concert de poche

Comment pourriez-vous décrire votre rôle au sein de l’association ?

Je suis chargée d’action culturelle, je coordonne la mise en place des ateliers qui sont menés en amont d’un concert. Je fais le lien entre les différents partenaires du projet, les structures, les participants et les artistes. Il y a également un important travail de médiation. Mon rôle est de permettre à tous les participants de vivre une expérience enrichissante et épanouissante, de les mettre en relation avec des artistes et inversement. C’est le cas par exemple du projet de chant choral qui a été mené pendant 3 mois avec les élèves de Moigny-sur-École, que vous pouvez voir dans la websérie.

Pourquoi est-ce si important d’emmener la musique dite “savante” (classique, lyrique et jazz) à la rencontre de tous les publics ?

L’objectif est de montrer que la musique parle à tout le monde. C’est important de la rendre accessible car elle est source d’émotions intenses dont on peut se priver à cause d’une certaine peur. La musique classique, le jazz et l’opéra souffrent d’une image qui est parfois trop impressionnante. Or elle fait du bien à tous. Dans le cadre des ateliers, elle rassemble les participants et leur redonne confiance en eux. La musique et les artistes donnent envie de se surpasser.

Quels sont les bénéfices de cet échange pour les enfants ? Et pour les artistes ?

La rencontre avec les musiciens permet aux enfants, et aux participants en général, de découvrir de façon concrète le monde de la musique, ses instruments et ses métiers. Faire partie d’un atelier, d’un projet collectif augmente aussi l’estime de soi. Dans un chœur chaque choriste est indispensable, chaque personne compte. Cela a pour effet d’encourager les participants à se dépasser. À la fin des ateliers et du concert, ils sont fiers de ce qu’ils ont accompli tous ensemble. Les Concerts de Poche créent de la cohésion, ils renforcent les liens et permettent à chacun de pouvoir s’exprimer, de faire entendre sa voix.

Quant aux artistes, ils sont très heureux d’avoir la possibilité de rencontrer d’autres publics dans une ambiance chaleureuse. Le partage autour de la musique est différent des concerts dans lesquels ils se produisent habituellement. Les artistes viennent pour avoir un autre regard sur leur art. Ils ont la même envie de se dépasser que les participants. Ils ressentent souvent une certaine pression car ils font figure de véritable porte d’entrée dans un domaine que les enfants ne connaissent pas ou peu. Il faut dont marquer les publics et leur donner envie d’en découvrir davantage.

Est-ce que vous considérez qu’il y a des œuvres plus ou moins faciles à interpréter en atelier ?

On adapte le répertoire aux personnes avec lesquelles on travaille en atelier. Par exemple cela est déjà arrivé de transformer un chant à deux voix pour n’en garder qu’une ou de couper des parties du morceau. Ce qui compte à la fin des ateliers, ce n’est pas forcément le résultat, c’est la progression des participants et le plaisir qu’ils ont ressenti à faire partie d’un projet collectif. Cependant, bien souvent les participants sont emmenés là où ils ne pensaient pas aller, et leur restitution est digne de chœurs formés depuis bien plus longtemps que le leur !

L’association a réalisé il y a peu une websérie qui montre les coulisses des ateliers et d’un concert. Pouvez-vous me raconter sa fabrication ?

La websérie a pu voir le jour grâce à notre mécène et à la boîte de production Tulipes & Cie. Le réalisateur, David Le Glanic, et son équipe se sont rendus quatre fois à Moigny-sur-École pour filmer la progression des élèves d’une classe de CE1 et CE2. Les ateliers, menés par le chef de chœur Benjamin Vinit se sont étalés sur 3 mois en 2019. Quatre séances ont été capturées : la première séance, la répétition générale avec les adultes, la rencontre avec le pianiste concertiste Jonathan Fournel et le jour du concert. Ce projet musical n’aurait pas pu donner un résultat aussi beau sans l’investissement des deux maîtresses. Elles ont participé activement aux ateliers et ont beaucoup échangé avec leur élèves entre les séances. C’était vraiment un travail d’équipe. Je voudrais aussi remercier le luthier Thierry Bruno, qui habite à Moigny et qui fait découvrir tous les ans son métier et les instruments à cordes aux participants de nos ateliers.

Quelles ont été les conséquences de la crise sanitaire sur les ateliers ?

Lors du premier confinement, les ateliers en cours ont été arrêtés, parfois juste avant le concert et donc la représentation sur scène. Cela a été dur pour les différents groupes à qui la musique et le collectif faisaient du bien. Mais cela a également été difficile car certains participants n’ont pas pu vivre l’aboutissement de leur projet. Aujourd’hui, nous nous adaptons au maximum et faisons en sorte que les ateliers et les concerts soient maintenus, même sous une forme différente : concert numérique ou au sein même des structures des ateliers, ateliers avec moins de participants, etc.

Pour les ateliers Musique en chantier, qui sont des ateliers plus ponctuels, nous en réalisons parfois deux d’affilés au sein d’une même structure de manière à ce que tout le monde puisse participer. Le nombre d’intervenants durant les ateliers et les concerts est également réduit lorsque cela est nécessaire. Les concerts numériques, sont un bon moyen de réunir de plus grandes formations et de toucher un nombre important de spectateurs : ils rassemblent à chaque fois plus de 1000 personnes. Le chant choral, lui, se fait avec des masques et les restitutions, qui ne peuvent se faire devant un public, sont filmés et restitués aux participants à la fin du projet.

Pour suivre les activités de l’association près de chez vous et recevoir l’information des concerts : https://www.concertsdepoche.com/newsletter/

Si vous êtes mélomanes, cet article pourra sûrement vous intéresser : Raoul Barbe-Bleue : ouvrir les portes de l’opéra aux enfants

Propos recueillis par Élodie Dubuis

© David Le Glanic


Retrouvez dès à présent la websérie « Les concerts de Poche » sur Bayam en version gratuite (rubrique Découvrir). Pour bénécier de tous les avantages de Bayam Premium, abonnez-vous.*

*Un accès illimité à tous les contenus et à toutes les fonctionnalités : chronomètre, messagerie familiale, 6 profils en simultané. Offre sans engagement.